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LivRacine

Histoires de livres, de lectures et d'écriture.

La naissance du football

Publié le 1 Septembre 2021 par Racine Assane Demba

La naissance du football
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En 1879, le football en est à ses débuts. Un jeu amateur dominé par les bourgeois qui en ont inventé les règles.

La mini-série The English Game montre les péripéties de la naissance du sport qui deviendra celui qui déchaine le plus les passions. Il fait apparaitre que le matérialisme historique, moteur de l'histoire, est au début de l'histoire du foot.

Ces gens qui donnent le peu qu'ils ont pour voir leur équipe jouer. Ces bourgeois qui sont juges et partie. Ces ouvriers contre des nantis avec une différence du sort réservé par la vie qui se voit jusqu’au physique tourmenté des uns et puissant des autres.


Alors pour gagner à armes inégales les ouvriers doivent ruser, développer une intelligence du jeu, une technique en mouvement, l'utilisation de l'espace, la tactique, l'adaptation aux éléments naturels et aux circonstances. Il faut inventer le jeu de passes et de dribbles pour feinter la brutalité.
 

Les mêmes causes ont engendré la "joga bonito" - popularisée plus tard par Pelé - au Brésil quand les footballeurs noirs devaient feinter les coups de leurs adversaires blancs racistes.

Le football donne aux laissés-pour-compte l'espoir, la fierté par la réinvention du mouvement, la gratuité de l'effort et la rébellion heureuse.

Les victoires des nantis étaient souvent tristes car, comme dirait Corneille, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Les défaites des déclassés étaient grisantes car la manière est aussi sinon plus importante que le résultat. Perdre dans la dignité, être beau dans la défaite, perdre de manière poétique.

The English Game montre à quel point le match de football est un moment rare de bonheur pour les gens de peu.

Il est au cœur de la lutte des classes. L'aristocratie qui prend ses aises contre la classe ouvrière et ses joueurs qui ne peuvent ni se reposer, ni s'entraîner convenablement après une journée à l’usine, qui gagnent des miettes et doivent affronter des hommes qui ont tout.
 

Et comme toujours les privilégiés s'érigent en gardiens de l'orthodoxie, de l'équité. Ils sont agrippés à leurs conservatismes alors qu'un autre modèle permettrait aux ouvriers de jouer à armes égales ou presque.

Le paradoxe ici, pour des yeux de 2021, c’est que le football amateur est défendu par les privilégiés pour qui la chose n’est qu’un amusement et le professionnalisme défendu par les laissés-pour-compte pour qui tout ça n’est pas que du foot.

C’est la longue histoire de l’entre soi bourgeois opposé à toute idée d’égalité des chances.

 

Mais la raison finit par l’emporter au moins en partie.


La série rappelle ainsi que les débuts du jeu étaient un prélude au business autour du foot d’aujourd’hui - dont certes les dérives appellent à une meilleure régulation - avec l’invention des équipementiers, la publicité, les matchs d'exhibition, le système des transfert - offrir une meilleure rémunération et un plus grand challenge sportif pour attirer un joueur de talent - les stratagèmes pour se libérer d’un contrat ...

De ce point de vue le football de 1885 annonçait celui de la fin du 20e et du début du 21e siècle.

Il y avait déjà chez une minorité d’aristocrates et une majorité d’ouvriers une vision de la démocratisation et de l'universalité du football.

Et en 1885, le changement des règles apparut inéluctable. C’est le début du professionnalisme et donc l'hégémonie des clubs professionnels.

Fergus Sutter et Jimmy Love, les ouvriers, et Arthur Kinnerd, l’aristocrate, en furent les précurseurs.

 

 

The English Game/ Netflix 2020


 

 

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