Dans Dead Zone de Stephen King (1) l'un des protagonistes est dépeint en Donald Trump avant l'heure. Personnage grossier, brutal, une "crapule de bas étage" en smocking - pour utiliser une expression de King dans un autre livre (2) - capable de dire tout et son contraire, d'aller toujours plus loin dans la démesure pour mobiliser son électorat.
Le romancier met en scène un autre personnage qui possède le don de voir l'avenir et qui, rencontrant, ce sosie du futur Trump, voit le chaos que son arrivée à la Maison Blanche engendrerait.
Alors, dans sa tête, l'idée de le tuer fait son chemin. Au moment de passer à l'acte, la balle rate sa cible et l'auteur de la tentative d'assassinat est abattu par les membres de la sécurité du candidat.
Ce dernier avait, dans la fusillade, utilisé un enfant comme bouclier humain.
Un photographe immortalise l'instant et l'image rendue publique enterre ses chances de devenir président des États-Unis.
Stephen King est le maître américain de l'horreur. Ses romans foisonnent de personnages et de scènes qui peuvent effrayer le lecteur le plus flegmatique.
Il considère, cependant, que Trump est beaucoup plus effrayant que ce qu'il imagine dans ses livres (3). C'est le cas de dire qu'avec le président américain sortant, jamais l'idée d'une réalité dépassant de loin la fiction n'aura été à ce point matérialisée.
A la fin de Dead Zone, King réalise un hymne à la capacité de discernement de l'électeur qui au final disqualifie un candidat prêt à sacrifier un enfant pour sauver sa peau.
Trump, en érigeant les faits alternatifs en art de gouverner, est au delà de ces considérations guidées par le bon sens et montre qu'une bonne partie de ses compatriotes qui votent pensent comme lui.
Dans la même situation que le personnage de King, il aurait certainement fait un tweet disant quelque chose comme "je suis fier de cet enfant qui s'est dressé entre moi et le tireur. Il était prêt à donner sa vie pour sauver la mienne. C'est un authentique héros américain".
Ses partisans auraient applaudi, les autres auraient été choqués en attendant de l'être encore plus au tweet suivant.
Sa réaction lunaire lorsque quelques milliers parmi ses inconditionnels ont envahi le capitole, ce 5 janvier, pour empêcher que soit entérinée par le congrès la victoire de Joe Biden à la présidentielle de novembre, montre encore une fois qu'il ne se fixe aucune limite dans l'indécence et la violence des coups portés à la démocratie.
Le pire réside dans le fait qu'il fera partout des émules; la majorité des foyers de tous les pays ayant, à travers la télévision notamment, un œil sur ce qui se passe en Amérique.
Certains de ces héritiers du trumpisme seront plus dangereux encore car plus froids, plus méthodiques, plus intelligents dans leur entreprise de démolition des fondements solides ou fragiles de leurs États respectifs.
(1) Dead Zone (Viking Éditions 1979/Éditions J. C Lattès 1983)
(2) dans Hearths in Atlantis (Scribner Editions 1999)/ version francophone Coeurs perdus en Atlantide (Éditions Albin Michel 2001) Stephen King utilise l'expression "crapules de bas étage en manteau jaune"
(3) dans un entretien publié par le site NowThis News en juillet 2019
*Dead Zone a été adapté au cinéma en 1983 par David Cronenberg avec Christopher Walken et Martin Sheen
Une série télévisée en a aussi été tirée
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