La Finance Islamique apparait de plus en plus comme une alternative ou à tout le moins un complément salutaire à la Finance traditionnelle. Les rencontres internationales, études et initiatives concrètes se multiplient aux quatre coins du monde pour une meilleure compréhension de ses mécanismes et des voies et moyens d’en tirer profit. Le 16 septembre 2015, à Abidjan, des acteurs africains du monde de la finance ainsi que plusieurs officiels ont planché sur le sujet, lors du Forum Africain sur la Finance Islamique (FAFI) et émis le souhait de voir le continent saisir « les excellentes perspectives qu’offre le secteur de la finance islamique ». A Dakar, L’Institut Africain de Finance Islamique organisera, les 12 et 13 mai 2016, la 4-e édition du Forum international sur la Finance islamique de l’Afrique de l’Ouest (IFF-West Africa)
L’économie mondiale se relève à peine de la crise financière de 2008. Celle-ci a conduit a une remise en cause des méthodes utilisées dans la finance dite conventionnelle. Les diagnostics sont plus sévères les uns que les autres.
Système conventionnel versus finance islamique
La prééminence du marché est remise en cause, l’autorégulation de plus en plus considérée comme la mère de tous les maux. Des théories financières tenues pour acquises sont contestées par des études économiques sérieuses et innovantes. La connaissance du fonctionnement des marchés boursiers par les actuels tenants des leviers de la finance mondiale est ainsi discutée. Certains économistes vont même jusqu’à prédire la fin du « système capitaliste ». Un système devenu vicié et amoral disent-ils, fondé sur la recherche effréné du profit et qui, malgré les leçons tirées de la crise, peine à se réinventer. Les inégalités continuant à se creuser, les riches devenant de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Le fait que 90% des richesses soient entre les mains de 10% de la population, selon une étude de l’ONG Oxfam, est attribué à ce système inégalitaire. La théorie du ruissellement, longtemps brandit par les économistes favorables aux lois du marché, voulant que l’augmentation de la fortune d’une minorité de riches profite à la croissance par le réinvestissement de ces gains dans l’économie, est aujourd’hui, rappelons le, battu en brèche par le FMI lui-même.
La finance islamique apparait, dans ce contexte, comme une option dont certaines composantes pourraient inspirer le système conventionnel afin d’aboutir à des pratiques plus saines. La résistance des structures évoluant dans la finance islamique aux chocs provoqués par la crise n’a fait qu’accroitre l’intérêt qu’on lui portait déjà dans les grandes places financières internationales.
Actifs tangibles et enjeux pour l’Afrique
Alors que les produits de la finance conventionnel sont souvent critiqués pour leur côté rémunérateur alors qu’ils sont adossés à des actifs virtuels, la finance islamique offre l’avantage voire la garantie de ne s’appuyer que sur des actifs tangibles. Si dans les pratiques dominantes, la spéculation et les taux d’intérêt sont jugés indécents, la finance islamique les interdit tout bonnement. Dans ce mode de placement financier, le prêt est une prise de participation. Le bailleur adopte la posture d’un investisseur partageant les risques de l’investissement.
Le fer de lance du système est la Banque Islamique de Développement qui au même titre que la Banque Mondiale ou la Banque Africaine de Développement finance des projets de développement de grande envergure. Sa filiale pour le secteur privé a décidé de consacrer 30% de ses financements à l’Afrique pour la période 2015-2020. Les banques commerciales islamiques se développent quant à elles de plus en plus à travers le monde. Plus de quarante millions de personnes sont actuellement titulaires d’un compte dans ces établissements bancaires selon un rapport du cabinet Ernest&Young.
Aussi, la finance islamique pourrait être un relais de croissance pour les marchés émergents ou en quête d’émergence. Le ministre ivoirien du plan, Albert Toikeusse Mabri déclarait ainsi lors de cette rencontre d’Abidjan : « Les investissements islamiques ont la caractéristique d’être extrêmement mobilisables, pour des nécessités de réalisation des actions de développement, de présenter un faible coût et de revêtir un caractère altruiste (…) l’Afrique de l’ouest est longtemps restée très peu mobilisée par ce nouveau mode de partenariat avec les pays arabes. Il faut qu’elle en profite ».
Le directeur de la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique (BADEA), Sidi Ould Tah, va dans le même sens. « Presque la moitié des pays membres de la Ligue arabe 10/22 sont en Afrique, rappelle-t-il, leur économie contribue pour plus de 33% du PIB du continent africain. Il nous importe aujourd’hui plus que jamais d’agir afin que l’économie, le commerce, l’investissement direct et la finance renforcent davantage cet enchevêtrement que nous voulons inextricable». En 2014, les actifs de Finance Islamique en Afrique s’élevaient à 78 milliards de dollars soit 5% du total de ses actifs à l’échelle mondiale selon le AlHuda Center of Islamic Banking and Economics (CIBE).
Recevant, en mars 2015, aux Emirats Arabes Unis, lors des Awards de la Finance Islamique, le prix pour le sukkuk (titre financier islamique), le ministre de l’Economie des Finances et du Plan du Sénégal, Amadou Ba, a insisté sur le recours à ce moyen de financement dans l’élaboration du Plan Sénégal Emergent et sur les belles perspectives entrevues. «Le gouvernement est engagé à faire du Sénégal une plateforme de premier plan pour le développement de la finance islamique en Afrique subsaharienne et particulièrement dans la zone Uemoa» affirmait-il en marge de la cérémonie.
LES CINQ PILIERS DE LA FINANCE ISLAMIQUE
L’interdiction de l’intérêt
L’interdiction de l’incertitude dans les transactions et, partant, de la spéculation
L’obligation d’adosser tout financement à un actif tangible faisant l’objet d’une transaction définie dans ses termes
L’obligation pour les associés d’un projet, par exemple un financier et un entrepreneur, de partager les pertes et les profits
L’interdiction d’investir dans certains secteurs
Les principales banques islamiques, classement par capitalisation boursière
Position
Banque Islamique
Appréciation des agences de notation
Pays
Capitalisation en milliards de dollars
Moody’s
S&P
Fitch
1
Al Rajhi Bank
A1
A
-
Arabie Saoudite
28 638
2
Kuwait Finance House
Aa3
A-
-
Koweït
8 981
3
Qatar Islamic Bank
-
-
A
Qatar
4 424
4
Dubai Islamic Bank
Baa1
BBB-
Émirats Arabes Unis
2 260
5
Abu Dhabi Islamic Bank
A2
-
A+
Émirats Arabes Unis
1 542
Source : Bloomberg
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