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LivRacine

Histoires de livres, de lectures et d'écriture.

Le siècle Césaire

Publié le 28 Mars 2013 par Racine Assane Demba in Littérature

2013 a été décrétée : « Année Césaire ». Le chantre de la Négritude aurait en effet eu cent ans cette année. « Cent ans dans la peau de l’esclave juste après cent ans de coups… » dit la chanson. Cent ans de refus de l’esclavage, de paroles volcaniques, cent ans debout dirons nous.

La pensée de Césaire est d’une indéniable actualité. Son cri, poussé pour les faibles, les opprimés, ceux qui s’affaissent au cachot du désespoir, retentit par notre bouche à chaque fois que, tout à notre impuissance, nous nous rendons à l’évidence : aujourd’hui plus qu’hier, la raison du plus fort gouverne le monde.

L’auteur du « Discours sur le colonialisme » nous offre les mots pour exprimer notre colère. Son répertoire si riche des misères faites aux pauvres, fait d’un bruit musical et d’une fureur poétique, il le prête à ceux qui veulent dire leur souffrance, exprimer leur révolte mais aussi partager leur espoir.

Il est aussi énigmatique que lumineux, aussi hermétique que lyrique.

Lorsqu’on sait qu’il réclame l’indépendance pour tout le peuple noir sans se battre vraiment pour que son propre peuple, la Martinique, obtienne cette indépendance, peut-on continuer d’aimer ces airs révolutionnaires d’Aimé Césaire ? La réponse est, sans hésitation, oui. Là réside toute la complexité de l’homme qui se confond avec son œuvre, toute la puissance de ce magnétisme qui agit sur nous. En effet, quand ce que les autres sont parle si fort qu’on entend pas ce qu’ils disent, ce que Césaire dit de mots et d’émotions, de digressions et de transgressions nous apporte une lumière si aveuglante qu’on est incapable de voir la contradiction (si elle existe réellement) entre le discours et l’action. Comme si ses mots valaient nos actes et que sa seule voix était notre liberté.

Césaire, c’est cet ami fondamental dont parle Euzhan Palcy, celui qu’on choisirait pour, ensemble, partir à la guerre, celui qui trouve les mots justes pour donner du réconfort. Cet ami à qui, empruntant les vers de l’autre*, chacun aurait eu envie de dédier ce chant merveilleux:

« Au fond du puits de ma mémoire, je touche

Ton visage où je puise l’eau qui rafraichit mon long regret

(…) Tu cueillais une étoile au firmament pour la rime

Rythmique à contre-temps ; et les pauvres à tes pieds nus jetaient les nattes de leur gain d’une année

Et les femmes à tes pieds nus leur cœur d’ambre et la danse de leur âme arrachée… »

*Senghor : Lettre à un poète (Chants d’ombre)

Le siècle Césaire
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