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LivRacine

Histoires de livres, de lectures et d'écriture.

Gérard de Villiers et nous

Publié le 25 Février 2013 par Racine Assane Demba in Littérature

Gérard de Villiers est un personnage atypique à plus d’un titre. Le prolifique auteur de la collection S.A.S (Son Altesse Sérénissime) est en effet capable, par exemple, de prédire dans ses ouvrages, quelque chose comme l’attaque contre un centre de commandement du régime syrien situé à proximité du palais présidentiel de Damas, et ce un mois avant qu'un attentat ne se produise exactement au même endroit, tuant plusieurs hauts responsables du régime. Rien que ça! « Les chemins de Damas », qui se déroule en pleine guerre civile syrienne, dresse un tableau bluffant du clan Assad (Bachar, son frère Maher et quelques uns de leurs fidèles lieutenants souvent des modèles de discrétion). Le livre est parvenu à attirer l’attention des spécialistes du renseignement et autres diplomates de trois continents révèle le New York Times Magazine. Il n’en était pourtant pas à son coup d’essai. Gérard de Villiers, 83 ans aujourd’hui, écrit depuis prés d’un demi siècle quatre romans par an (parfois un peu moins, parfois un peu plus) de sa controversée série S.A.S. Romans de gare sans intérêt, assaisonnés d’une dose d’érotisme, pour certains, documents incontournables pour comprendre la géopolitique mondiale et ses aspects, ses épisodes les plus complexes ou ses secrets les mieux gardés pour d’autres, les aventures du prince Malko Linge, l’inusable héros de la saga, ne laissent pas grand monde indifférent. Le nombre de ces livres de poches vendus dans le monde depuis « SAS à Istanbul », paru en 1965, est estimé à 100 Millions d’exemplaires. La personnalité de l'auteur ne laisse non plus place à l'indifférence. Quelques uns de ses propos aux relents racistes ou misogynes suffisent à en faire un être détestable aux yeux de certains alors que les autres préfèrent ne pas s'arrêter à ces dérives. En 2010 de Villiers publiait « la liste Hariri ». Il y fournit des informations détaillées sur le complot très élaboré, qu’aurait ourdi la Syrie et son allié le Hezbollah, pour assassiner l’ancien premier ministre libanais Rafiq Hariri. Des détails de cette affaire très sensible au Moyen Orient qu'aucun journaliste, selon les spécialistes , ne pouvait connaître au moment de la parution du livre, y compris la liste des membres du commando et un retour sur la manière dont le Hezbollah et les services syriens se débarrassaient, un à un, de toute personne potentiellement gênante, agrémentent l’ouvrage. Au cours des années, ce personnage de roman a su tisser des relations privilégiées dans le monde parallèle des barbouzes. On lui dit ce que l’on n’imaginerait pas raconter à un journaliste quel qu’il soit. Il y a une dizaine d'années, confie-t-il au New York Times Magazine, il a ainsi reçu un coup de fil du Quai d'Orsay : c'était le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, qui le conviait à déjeuner. "Je pensais que quelqu'un me faisait une blague, se souvient-il. " Védrine l'accueillit dans sa salle à manger privée. "Je suis ravi de vous rencontrer, mais, dites-moi, pourquoi vouliez-vous me voir ?" demanda t-il au ministre en bon « espion » toujours sur ses gardes. "Je voulais vous parler car je me suis rendu compte que vous et moi, nous avons les mêmes sources." lui avoua Védrine dans un sourire plein de sous entendu. Sa dernière folie en date ? Utiliser le vrai nom d’un chef de bureau de la CIA en Mauritanie dans la version finale d’un de ses livres. Cette fois personne, parmi ses amis « invisibles », n’a eu envie de sourire à cette extravagance. Cependant, il avait une circonstance atténuante : un accident cardiaque l’avait cloué sur un lit d’hôpital pendant trois mois, ce qui ne l’avait pas empêché de continuer à publier à son rythme habituel. A Dakar, vous ne trouverez pas un roman, signé sous la plume de cet anticonformiste au style décalé, chez les « libraires qui se respectent » mais dans ces librairies à tomber par terre où les livres d’occasion s’entassent tantôt à même le sol, tantôt sur l’étagère d’un kiosque surchargé. Certains d’entre nous, attirés par les couvertures accrocheuses des S.A.S ont ainsi appris à lire, entre les lignes, les enjeux cachés des grandes confrontations ou tractations de ce monde avec les aventures rocambolesques du prince Malko. Si même un chef de la diplomatie d’un pays encore considéré comme une grande puissance affirme s’être abreuvé à la même source, ils peuvent légitimement penser ne pas avoir perdu leur temps à suivre les liaisons dangereuses et fort improbables de l’aristocrate manipulateur, homme à femmes aux yeux d’or, imaginé par de Villiers, sur qui les années semblent n’avoir aucune prise. En attendant, certainement, un prochain SAS sur l’aventure française au Mali, côté coulisse bien entendu…
Gérard de Villiers et nous
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click 28/08/2014 12:27

This is something of an unusual theme in French literature. Mostly it will be about relationships and its depths. Anyway, I really liked the theme of this particular book and will try to get it from somewhere.