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LivRacine

Histoires de livres, de lectures et d'écriture.

Ce n’est pas que du foot

Publié le 24 Janvier 2013 par Racine Assane Demba in Littérature

 Parlons foot en ces temps de fête africaine de cette envahissante et enivrante discipline. Après les premières rencontres, disputées depuis samedi, le constat est là : cette CAN sud-africaine ne nous emballe pas trop, du moins pas encore. Cependant , il ne s’agit nullement ici de parler des aspects techniques ou de l’organisation tactique d’une équipe ou d’une autre. Nous voulons, à travers ce rendez-vous continental, aborder une idée du football qui va bien au delà de ce qui se passe sur le rectangle vert.

En effet lorsque le Sénégal bat la France en ouverture d’un Mondial ou lorsque l’Iran y rencontre les Etats Unis, c’est tout le poids de l’histoire, toute une question géopolitique qui joue. Pascal Boniface explique brillamment cette dimension du sport roi dans son ouvrage ‘’Géopolitique du football’’.

Lorsque Didier Drogba entreprend d’œuvrer pour la réconciliation de son pays, coupé en deux par une crise aigue, ce n’est pas que du foot. Il organise  un match à Bouaké, contrée qui,  à ce moment, échappe de fait à tout contrôle de l’Etat ivoirien. Le sentiment d’appartenance à une même nation que ces quatre vingt dix minutes de bonheur procurent aux ivoiriens va au-delà de tous les discours, de tous les accords foulés au pied.

On a dit de Socrates – pas le philosophe grec, le footballeur brésilien – qu’à lui seul il a incarné cette autre idée du football, une idée de démocratie et de liberté. En pleine dictature militaire, dans un contexte de corruption généralisée, le « docteur » inspirait la « démocratie corinthiane ». Toutes les décisions au sein du club de Sao Paulo étaient soumises au vote des joueurs. Après avoir instauré la démocratie dans leur club, ils en rêvèrent pour tout le pays en exigeant des élections libres et transparentes. Ainsi, sur une banderole, fièrement brandie par toute l’équipe, Socrates en tête, lors de la finale de coupe du Brésil de 1983, on pouvait lire ceci : « Gagner ou perdre mais dans la démocratie ». Tout était dit.

En catalogne, lorsque vous demandez quel est le plus grand symbole de la discorde entre l’Etat central espagnole et cette région rebelle, ne fusent ni un lieu de bataille épique, ni un héros tombé au champs d’honneur. Dans un ensemble touchant, ce peuple passionné de football vous répondra : Di Stefano. La légende veut, qu’au début des années 50, Franco soit personnellement intervenu pour arracher la pépite Alfredo Di Stefano au Barça et permettre à son Real de gagner à nouveau des titres de champion national ainsi que les cinq premières coupes d’Europe.  Le « vol » de Di Stefano devient alors l’un des mythes fondateurs de cette haine que l’on cultive à Barcelone contre « l’oppresseur » centraliste

Et que dire du fameux « match de la mort » ?

Comme pour beaucoup de grands moments d’histoire, certains en ont contesté l’authenticité, celle de la version officielle en tout cas. Dans son « Gagner à en mourir », Pierre Louis Basse nous entraine dans la version la plus répandue de cette histoire peu commune. Au début de la seconde guerre mondiale, le régime nazi décide d'organiser un grand tournoi européen de football histoire d’affirmer, un peu plus, la supériorité du Reich. Cependant, le FC Start, monté par un ancien boulanger de Kiev vole de succés en succés. Durant plus d'un an, le club ukrainien gagne tous ses matchs. Se répand alors partout en Europe la rumeur qu'une équipe des pauvres et des juifs défie l'Allemagne nazie. 
Vint le 9 août 1942, le FC Start doit affronter l'équipe nazie en manche retour. Les Allemands ont été humiliés au match aller : 7 à 2. L'Etat-major allemand signifie aux joueurs ukrainiens l'ordre de s'incliner. Ils doivent se laisser dominer et battre par les athlètes issus de la « race pure ». Ils ont le choix entre participer à cette mascarade ou mourir. 
 Mais, dans l’antre du Zenith Stadium, même contraint à évoluer en infériorité numérique dès la première mi-temps,  les armes des officiers nazis braqués sur eux, dans leur propre vestiaire, ils ne céderont pas. Ils remportent finalement le match sur le score de 5 à 3. Pour certains, par cette victoire, portée par la ferveur populaire, les joueurs du club de Kiev ont rendu leur fierté à tout un peuple. Cependant pour avoir défiés avec un tel talent teinté d’insolence le puissant occupant, ils seront  arrêtés, torturés et déportés dans des camps. La plupart d’entre eux n’en reviendront pas.

Dimanche, à deux minutes de la fin du match Mali-Niger,  Seydou Keita  délivrait les siens. A Bamako, Gao, Kayes, Tombouctou et ailleurs, dans les casernes, les rues, les chaumières, le peuple a hurlé sa joie.  Les maliens fêtaient une victoire dans un match de foot, mais plus encore, ils célébraient ce Mali auquel ils sont fiers d’appartenir, ce Mali conquérant qui se bat jusqu’à la dernière énergie, ce Mali qui nourrit et entretient l’espoir. 

Ce n’est pas que du foot
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